Vie rêvée

CW : Troubles du sommeil vénères / mal être au point de s'échapper littéralement de la réalité / hallucination

Image d'illustration. (951 ko)

Description de la photo :

Une photo d'une planche de la BD "Autopsie des echos dans ma tete" de freaks.
Elle représente un personnage anthropomorphique furry, qui semble tenir du raton laveur et du chat.
En haut il y a le texte suivant :
"Le réveil est un moment difficile pour moi, parce que je rêve souvent que je me réveille plusieurs fois :"
La première case représente le personnage en train de se réveiller.
La seconde case la représente en train de dire "Oh, c'était encore un rêve. Ces 2 cases sont teintées en rouge.
Les 2 cases suivantes répètent les 2 premières. Excepté que ces cases sont teintées en rose et non en rouge. Le rouge semblant s'estomper.
Les 2 cases suivantes et finales répètent une nouvelle fois les précédentes. Le rouge/rose disparait.

Cette nuit, j'ai lu la dernière BD de @freaks_dessin : "Autopsie des échos dans ma tête" et cette planche (page 57) m'a refait penser à un morceau de ma vie, que mon cerveau occulte la plupart du temps.

L'époque où me réveiller faussement à plusieurs reprises m'arrivait plusieurs fois par semaine.

Au début, c'est surprenant, à la longue c'est ultra mega giga chiant.

Ça peut amener à du stress pour savoir si on dort encore ou non, comme l'exprime freaks dans la suite de sa BD, d'où vient la photo.

Mais pour moi ça a eu un effet différent.

La confusion de ne pas avoir la certitude d'être éveillée m'a amenée à ne plu chercher à savoir si j'étais effectivement réveillée. À force ça n'avait plu d'importance.

Parce qu'à cette époque j'ai découvert que pouvais être "éveillée" et rêver en même temps, tant que je ne laissais pas s'échapper le rêve.

Jore tu fais ton café du matin, normal MAIS t'es surtout dans ton rêve à faire ta vie.

Et le truc, c'est que tant que je maintenait le rêve, consciemment ou non, j'avais la faculté de me rendormir complètement en quelques secondes.

Donc ça, associé à une ivresse du sommeil (une envie *irrépressible* de dormir à nouveau, après un réveil, et ce peu importe les efforts mis pour y résister), ça faisait que je pouvais dormir plusieurs dizaines d'heures en continu.

Je me levais pour pisser, boire et manger, mais en maintenant le rêve, pour garder sa progression et pouvoir me rendormir complétement, comme si je ne m'étais jamais réveillée.

Mon record comme ça c'est au moins 72h, peut être +.

Au début, j'étais perdue, je ne savais plu contrôler la frontière entre les rêves et la réalité, et petit à petit la frontière a disparu et quand elle a réapparu, j'étais de l'autre coté. Mon monde "normal" était devenu celui de mes rêves.

C'est pas fun, du tout, ça tue toutes les relations sociales qu'on a et tout ce qu'on aime faire.

Et on se retrouve à littéralement vivre dans nos rêves, parce qu'on n'a pas le choix, la réalité est difficile. Et le cycle s'entretient, quoi qu'on fasse.

C'est vraiment dur de casser cette spirale, de se remettre à vivre dans la réalité, de combattre l'attrait des rêves, sécurisants et contrôlables, dans une certaine mesure, mais toujours + que la réalité, si violente, si morne.

C'est immensément difficile de retrouver goût aux choses qu'on a aimé, ou se passionner de nouvelles choses.

Et pourquoi le faire dans la réalité, quand on peux le faire sans effort dans les rêves ?

Parler aux gens dans la réalité est si difficile, alors que dans les rêves on peux manipuler le temps et ressayer à volonté en cas d'échec.

On peux construire toute une vie absolument magnifique dans les rêves, aimer qui on veux comme on veux, ignorer les contraintes sociales du monde physiques (argent, travail, famille, etc).

On peux enfin être accepté comme on est, comme on veux être, tenter des choses sans craindre un jugement indélébile ou un rejet de la part des gens qu'on apprécie ou qu'on aime, comme on en a tant connu dans la réalité.

Lorsqu'un rêve devient violent, confrontationnel ou cauchemar, on peux dire "non" et commencer un nouveau rêve, faire table rase de ce qui nous fait peur, de ce qui nous a toujours fait peur et revient insidieusement dans notre monde sécurisant. Mais on peux se battre et le repousser avec succès, jusqu'à la prochaine fois.

Alors c'est dur de retrouver notre vie physique toute pourrie et précaire. Sans contrôle. Sans certitude. Sans confiance. Sans amour.

Des fois je me souviens de mon amoureuse (ou peut être étais-ce un amoureux ? le genre avait-il seulement un sens pour moi, déjà, à cette époque ?) de mes rêves et j'ai l'impression qu'elle vaut autant que toutes les relations physiques que j'ai connu dans ma vie.

Sauf que j'en ai quasi aucun souvenir, et qu'elle est intangible, et que de toute façon je ne pourrais jamais lui reparler. Je ne me souviens plus de comment elle s'appelait, de son apparence, de ce qu'elle aimait, plu rien. Excepté son fantôme, juste un morceau de présence presque imperceptible qui me revient, de temps en temps, et qui semble veiller sur moi.

Le 17 octobre 2021,

Xana.

Annexe

Webcomic qu'on m'a indiqué semblant avoir pour thème ce que j'ai décrit (en anglais)

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