Toi, la jeune femme de la ligne 9 du métro de Paris.

Qui est montée à la station Trocadéro dans ma voiture ; trois stations après moi.

Sais-tu que tu pourrais être l’allégorie de la pruderie ?

J'étais assis⋅e sur un strapontin, le corps endolori après deux jours à cavaler partout dans Paris, pour ma liberté, pour celle de gens opprimés.

J'étais avec mes ami⋅e⋅s.

Nous t'avons aperçue, toi, ton corps droit, fier et de bonne humeur. Tu tenais sereinement tes drapeaux de LMPT.

C'est à dire l'exact inverse de notre ressenti face aux oppressions auxquelles tu contribues. Ne plus subir, vous dites ?

Tu commençais à discuter avec ton « grand-papa » lorsque nous avons décidé de te montrer notre bout de carton.

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Et de toute évidence tu l'as vu, puis feint d'ignorer notre existence. Comme d'habitude.

De par ton attitude, nous en avions déduis que tu étais résidente de la capitale. Nous avions compris qu'avec ton ticket unitaire dans la main, tu n'étais pas à ta place.

Alors ? Qu'est-ce que ça fait de voir des plébéiens ? Des gens qui se battent pour leurs convictions, leurs vies, leurs amours, leurs genres ? Des gens qui cherchent juste le bonheur ?

J'avais osé te montrer mon écriture, cette pancarte que j'avais réalisée plus tôt dans la journée à La Mutinerie.

Puis tu es partie, station Michel-Ange-Auteuil.

Et si seulement j'avais osé me lever pour te demander en face : « Eh, toi, veux-tu mon bonheur ? »