Spoiler : J'ai fuis.

TW¹ : Trop en fait, si vous êtes sensibles aux sujets féministes, LGBTQ+, simplement, ne regardez pas.

Avant propos : Je ne suis pas critique professionnel. Je ne suis pas non plus journaliste. Ma position a tout de subjectif, et c'est mon plein droit d'utiliser mon site web pour donner mon avis. Qu'il vous semble éclairé ou non.

Pour situer un peu le contexte, Colombe Schneck, la réalisatrice, a aussi produit «  Femmes sans enfant, femmes suspectes » dont j'ai un bon souvenir. Le titre résume vraiment le docu en question et possède un penchant féministe bien visible.

Sauf que voilà, en regardant « Les vieux amoureux », j'ai été épris⋅e d'un e sensation de nausée, que je vais tenter d'expliquer.



J'ai craqué au bout de 20 minutes. Je voulais vraiment finir ce métrage, mais j'ai craqué. J'ai été faire quelque chose de plus productif, étendre mon linge.
20 minutes, donc. Mon analyse s'arrête donc là et peut ne pas refléter l’entièreté de l'œuvre. Reste que j'ai décroché, et c'est notable.

Pour commencer, l'on découvre, au fil de la narration (qui commence comme une histoire pour gosses) un couple heureux. Grand bien leur fasse, c'est justement le sujet du docu.
Sauf que voilà, les points portés au devant de la scène me gênent beaucoup… trop.

Nous découvrons ‑ pour continuer ‑ un heureux couple de "vieux" (tel qu'ouvertement revendiqué) ; de vieux riches, et hétéronormés (justifié par l'âge des personnages ?).

Riches.
Pierrette, du couple, dit venir d'une famille pauvre. Soit. Mais pourquoi montrer toute l’opulence d'une famille plus qu'aisée ?
Pour montrer la réussite de leur vie ? C'est carrément contre le propos du film.
Il est annoncé que l'amour n'a pas d'âge. Que l'amour n'a pas de frontière (il est question de voyages).
Pourquoi (!??) vouloir montrer toute la mesure de leur amour via le simili-prisme du fric ?

Hétéronormés… Ce qui me mécontente ici, ce n'est pas que le couple soit hétéro. C'est qu'il soit un putain de cliché de couple hétéro.
L'homme est présenté comme quelqu'un de providentiel, venu à temps pour sauver cette pauvre femme esseulée.
C'est véritablement romancé comme ça… Thorsten ‑ l'homme, donc ‑ est annoncé comme « un prince charmant », comme Pierrette en a toujours rêvé, depuis môme (l'accent est énormément mit sur ce point).
Un prince charmant qui l'emmène en voyage loin de tout leur quotidien avec sa fière monture grise.

Les rêves de la femme se résument donc aisément à une vie onirique, centrée sur l’espérance du « prince charmant »
Tandis que ceux de l'homme, sont axés sur les voyages (posant même une condition stricte lors de la demande en mariage), les découvertes. C'est totalement sexiste, phallocratique. Et ces mots sont réfléchis.
Une véritable domination est présentée : la femme est totalement soumise aux volontés de l'homme ; et quand il gaffe sévèrement, elle peut seulement le pardonner, se plaignant sommairement (scène de la grosse perte de contrôle de la voiture, certes sans gravité).

Elle est quand même présentée comme une femme forte mais qui ne peut pas s'épanouir autrement qu'en étant totalement soumise aux besoins d'un homme (ce que l'on apprend quand l'on découvre son passé amoureux). De plus ses proches la qualifieraient de personne refusant de voir la réalité.

Lui, véritable Don Juan, ne pouvant pas s'épanouir sans une femme (histoire de la secrétaire, épousée pour fuir ses parent, et où il aurait trouvé des qualités au fil du temps).


Finalement, ce n'est pas forcément beaucoup, c'est tellement courant. Mais en moins d'une demie-heure, c'est plutôt douloureux. Surtout pour une réalisation censée être féministe, peut-être humaniste.
Nauséeux, je disais.


Et. Ce qui m'a achevé, c'est lorsque Thorsten, voulant complimenter sa femme, la traite quasiment comme un objet.
« la générosité de son corps [...] on est là, on peux toucher, c'est formidable »
J'ai instantanément fermé la vidéo.


Impression d'écran du film : on y voit le couple boire du vin pétillant



Je vais essayer de partager mon ressenti avec la réalisatrice.

Je l'ai entendue parler sur France Inter l'autre jour, elle a l'air sympathique.
M'est avis que mon analyse est totalement minoritaire, néanmoins il est toujours bon de prendre les critiques de tous horizons.

J'ai mon vécu, houleux. Des souffrances n'ayant pas grand chose à voir avec les sujets que la réalisation audiovisuelle montre.
Néanmoins j'ai souffert devant un film censé prôner le bonheur, l'amour, l'épanouissement.

Mais comme écrit dans le synopsis, c'est d' « épanouissement dans l'étreinte » dont il est question. À vous d’interpréter les mots. Ses mots ; mes mots.



Le synopsis :
Pierrette et Thorsten, 78 et 84 ans, se sont rencontrés en 2011, dans un pressing et se sont mariés deux ans après. Elle était divorcée depuis dix ans, il était veuf depuis peu. Mais est-il encore possible de s'aimer au troisième, voire au quatrième âge ? Quid de la sexualité ? À travers le destin singulier de ces deux tourtereaux, la romancière et documentariste Colombe Schneck - qui a notamment réalisé Femmes sans enfant, femmes suspectes - filme avec une grande tendresse le couple qui prend la route de la Suède pour des vacances dans la maison d'été de Thorsten. Émaillé des témoignages des enfants, de photos et de films de famille, le documentaire offre aux deux amants, épicuriens dans l'âme, d'évoquer leur rapport à la sexualité (dans une Scandinavie où les corps nus s'exposent aisément) et de révéler qu'ils n'ont jamais connu un tel épanouissement dans l'étreinte. Ou quand les vieux jours sont les plus frémissants de plaisir charnel...




¹ : TW : Trigger Warning ; avertissement quant aux sujets abordés, pouvant gêner, blesser.